Le 28 janvier
Allez, en route pour l’aventure de la dernière chimio. La pause des dix jours n’a pas été de tout repos, c’est peu de le dire. Douleurs ventrales non-stop, nausées, maux de tête, étourdissements, aphtes, le cumul est lassant. Partagée entre l’envie d’aller jusqu’au bout du traitement, celle de tout stopper au nom d’un énorme ras le bol, je me sens incapable de prendre la décision seule. Rencontre avec le médecin de l’hôpital de jour, décision commune de continuer la chimio pas à pas, prise de sang, un petit tour à la pharmacie, piqure. Je récupère ma convocation pour le rendez-vous programmé normalement en mars avec le Professeur : ils planifient le 19 mai ! Sûrement pas, en mai j’ai d’autres projets que d’arpenter les couloirs de l’hôpital de Nantes, me faire patienter encore trois mois pour me donner des nouvelles de mon colocataire Myélome est tout bonnement impossible. Le moral est dans les chaussettes ce soir.
Défection dans les rangs, ma carte vitale vient de me lâcher. Elle n’a pas résisté aux multiples sollicitations de ces derniers mois. Petite nature cette puce électronique ! En face, en mode réactif, l’administration et son dossier papier de renouvellement. Au bas mot, compter deux mois minima pour récupérer la précieuse carte. A l’heure de l’informatique, du numérique, chapeau bas à ces services publics qui se battent de toutes leurs forces pour conserver stylos et papiers qu’ils jugent nécessaires à leur tâche journalière.
Le 31 janvier
Chimio ou pas aujourd’hui ? Tout va dépendre des résultats des analyses sanguines de mardi. Bingo, numération sanguine bonne, formule leucocytaire redevenue normale, plaquettes un peu basses mais acceptables, le traitement continue. Mauvais point, les chaînes légères sont remontées depuis l’autogreffe, bizarrement cela ne me provoque aucune réaction, juste une question : à quel niveau faudra-t-il envisager un nouveau traitement ? J’étais à 8, remontée à 12, la côte d’alerte est à 20 ! Je vais avoir le temps de réaliser certains de mes projets « avant » de replonger dans la tourmente. Je me fais soudainement l’impression d’être un âne avançant grâce à une jolie carotte en ligne de mire.
Il est urgent d’avancer le rendez-vous du mois de mai, problème réglé en moins de cinq minutes, nouvelle convocation pour le 5 mars. Le moral quitte les chaussettes et remonte en flèche !
Le 4 février
Le médecin est de plus en plus attentif à mon état, cela me rassure dans l’état de délabrement qui est le mien. Pour faire face à tous les effets secondaires, la dose de cachets journaliers a doublé pour des résultats plus que mitigés mais je résiste. Mon nouveau copain du moment : mon lit ! Le médecin m’explique que ce coup de foudre est dû à la phase finale de chimio, dans moins d’un mois tout sera rentré dans l’ordre. En attendant, à peine la nuit tombée, je pense au moment où je vais m’allonger, un coussin de noyaux de cerises chaud sur le ventre pour calmer les douleurs. Le sommeil me fauche à peine couchée jusqu’au lendemain matin où je dois me faire violence pour me lever. Incroyable pour la petite dormeuse que j’ai toujours été.
Le 8 février
Point final de ce premier traitement pour le Velcade, encore une semaine pour la Thalidomide ! Le médecin me reçoit pour la dernière fois, il m’informe des perfusions à prévoir en cas de baisse des résultats sanguins. Une révélation pour moi, personne n’avait évoqué ce sujet jusqu’à ce jour. Nous faisons le point sur le moral remonté au zénith en ce jour de dernière chimio. Je lui parle de notre décision de ranger les soins au placard jusqu’en 2015, de profiter de la vie au maximum. Il soutient tout à fait le projet, comprend ce choix que nous ne sommes pas les seuls à faire. Prochaine étape le 5 mars, pour les résultats de ce premier round.