
Jour de l’An 2013 à Mooréa
Moorea, ultime étape polynésienne de ce long séjour sur les îles de la Société, les Marquises et deux îles des Tuamotu. Le point final de ce voyage : la mythique San Francisco. Hospitalisée d’urgence en novembre, pour ce qui reste être un AIT, le corps médical n’était pas chaud pour me laisser faire les 21h de vol nécessaires pour relier la métropole à ce bout de France si lointain et retour. Ce voyage, préparé depuis deux ans, devait nous permettre aussi de nous reposer de notre déménagement et des gros travaux organisés pendant un an dans notre nouvelle résidence morbihannaise. C’est vrai que la fatigue me submergeait parfois mais je mettais cela sur les nouvelles péripéties santé : entorse et côte cassée en septembre avec phlébite en prime, l’AIT un peu après. Depuis 2007, ma santé me jouant des tours à répétitions, j’avoue que je ne suis pas très à l’écoute de ce corps qui n’en fait qu’à sa tête. Mon médecin m’explique qu’à part une légère anémie tout va bien. Du soleil, la mer bleue, des îles de rêve et tout allait se recaler avec la nouvelle année.
En février, de nouvelles analyses sanguines montrent que l’anémie ne s’est pas corrigée. Début mars, rendez-vous chez un gastroentérologue qui me prescrit un bilan plus poussé. Les résultats montrent une hypogammaglobulinémie importante qui risque de provoquer des problèmes rénaux à brève échéance. Le seul moyen d’en connaître les causes : une analyse des urines sur 24h. Une semaine d’attente …
Le 5 avril
Découverte d’une phrase en bas des résultats : protéinurie de Bence Jones positive, chaine légère libre de type lambda. Mes recherches sur internet me conduisent rapidement au diagnostic « myélome ». Première nuit blanche avant de me précipiter dans le cabinet du médecin le samedi matin.
Le 6 avril
Confirmation du diagnostic ! Dans la voiture, je craque … pourquoi encore sur moi ? Je pensais avoir assez donné toute ma vie pour enfin bénéficier d’un peu de calme et de tranquillité à l’heure de la retraite. Et non, il doit être écrit quelque part que les « accidents » de la vie ne sont pas terminés pour moi. J’appelle les enfants pour leur confirmer la présence d’un myélome. Puisque la course contre la mort commence, je téléphone aussi à de la famille et des amis du Nord, de la Région Parisienne et Lyonnaise pour essayer d’obtenir au plus vite un rendez-vous en hématologie et savoir quel est le myélome qui se développe en moi. Dans ce cas-là, l’instinct de survie est le plus fort et tant pis si on est en pleine contradiction : comment cela les passe-droits j’ai toujours dit que c’était pas mon truc ? Le réseau famille/amis prend toute son importance mais les délais d’attente sont les mêmes partout : longs, désespérément longs. Je serai soignée en Bretagne, chez moi ! Avec le recul je suis sûre que c’est la meilleure solution : je suis dans la maison que j’aime, avec mon mari, mes habitudes changeront le moins possible et mes repaires encore moins.
Week-end de stress et d’inquiétude avec un André aux petits soins mais il ne semble pas avoir pris pleinement conscience de ce qui nous arrive.
Le 8 avril
Lundi matin, je suis à nouveau au cabinet médical pour connaître la suite à envisager. Appel téléphonique au service hématologie de l’hôpital de Vannes, après trois essais infructueux enfin une réponse … il faut faxer les résultats. Premier moment de déception, je pensais avoir une date de rendez-vous. Confiant, le médecin me dit que l’hôpital me recontactera dans les 48h …
Une première semaine passe, une seconde et nous voilà au début des vacances scolaires en Bretagne. Ensuite, nous allons avoir tous les ponts de début mai : le découragement est là mais la colère aussi. J’insiste par téléphone, André se rend au cabinet, le médecin remplaçant s’entend répondre par le secrétariat du service hémato que la convocation a été mise au courrier le vendredi 12. Il se passera deux semaines, délais Ecopli obligent, avant que je ne reçoive cette carte avec le jour et l’heure de mon rendez-vous. Une éclaircie apparaît dans le ciel de tempête qui m’entoure.

Le 15 mai 8h
L’ infirmière me conduit à ma chambre en m’expliquant le programme de la journée. Prise de sang pour remplir 12 éprouvettes, petit déjeuner, prélèvement de moelle dans le sacrum et des radiographies du squelette. L’étape « une » est rapidement terminée et je peux prendre mon petit déjeuner. L’infirmière me passe un produit anesthésiant sur le point de prélèvement qui aura lieu dans une heure environ. Le médecin m’explique comment il va procéder : avec un trocart, sorte de petit poinçon, il va perforer l’os puis mettre l’aiguille et la seringue qui permettra le prélèvement de la moelle. L’infirmière me prend la main, bizarre, cela ne me rassure pas. Petit craquement, première ponction supportable, la seconde le sera nettement moins. Une douleur très forte dans le dos qui irradie jusqu’aux extrémités, les larmes coulent et je ne peux retenir un léger gémissement. Je vais ressentir des douleurs sporadiques identiques mais moins fortes pendant une semaine. Je signe l’autorisation pour que la moelle prélevée ne servant pas à mes examens puisse servir à la recherche. Moi qui suis pour le don d’organes je ne vais pas refuser de donner quelques grammes de ma moelle malade. Après, repos jusqu’à l’heure du plateau-repas. J’en profite pour parler avec ma voisine de chambre. Elle me raconte ses chimios qui durent depuis 9 mois et l’espoir qui renaît alors que le pronostic était très réservé au début du traitement. Elle est presque chauve, juste une grande mèche qui résiste sur le côté du crâne. L’image de la sorcière : une vraie terreur pour un enfant. Cette vision me fait me promettre que jamais on me verra comme cela. Si cela m’arrive, je prendrai les devants, rasage, perruque et joli couvre-chefs. L’image de la maladie ne doit pas s’imposer à tous. L’image de soi doit devenir plus importante pour son propre regard et celui de son entourage, c’est une ultime marque de respect. Puis, en route pour la radiographie et les très nombreux clichés pour un book peu commun : photos de chacun de mes os, de face et de profil, des pieds à la tête. J’imagine quelle expo décalée on pourrait organiser : « Histoire d’O(s) ». Je suis libérée à 16h, les résultats ce sera dans trois semaines.
Le 4 juin 15h
21 jours plus tard, je suis face à mon médecin traitant mais … rien, il n’a rien … enfin il me dit qu’il n’a rien ! Il essaie d’appeler le service hématologique de Vannes devant moi mais en vain. Il me promet un coup de fil avant le jeudi soir 17h puisqu’il ne travaille pas le mercredi. Le stress monte encore d’un palier, depuis fin mars je dors mal et peu. Je pense qu’André et moi sommes devenus incollables sur le myélome multiple : ses causes enfin les peu ou plus connues, ses marqueurs, son traitement, ses suites … Bien sûr, il reste à espérer que je suis atteinte de la forme dormante de la maladie, celle qui ne se réveille pas forcément ou très tardivement. Je ne sais pas pourquoi mais je sens que ce ne sera pas si simple pour moi qui attire toutes les catastrophes qui passent. Je me suis toujours demandé à quoi sert mon ange gardien, il doit faire son boulot en dilettante ou il a eu des objectifs minima à remplir. Mais là, Maurice tu pousses le bouchon un peu loin …
Le 6 juin 17h
Le téléphone sonne, mon médecin m’annonce que j’ai rendez-vous le samedi à 11h avec l’hématologue qui m’a fait ma ponction.
Le 8 juin 11h
Le couperet tombe « maladie de Kahler » ou cancer de la moelle osseuse ! Rien, il ne passe rien, j’ai l’impression que j’étais sûre de cette sentence. Bizarrement, cette angoisse qui m’étouffait depuis quelques semaines en me provoquant migraines, mal de cou, de dents disparaît d’un coup. J’écoute, beaucoup, avidement, pose quelques questions. A cette minute, je suis prête à tout, je veux qu’on s’occupe de moi : je veux VIVRE ! Le médecin nous explique que le traitement a été validé par les équipes de Nantes. En effet selon l’âge l’autogreffe est envisagée ou pas, je doit être encore dans les « jeunes » ceux à qui ce protocole est proposé. Le traitement : trois cures de chimio à base de trithérapie, deux fois par semaine pendant deux semaines, onze jours de repos et encore deux autres cures. Ensuite, hospitalisation à Nantes pour trois semaines pour une autogreffe.
Je vais y laisser mes cheveux, sourcils, cils enfin tout mon système pileux, quel temps de gagné pour la toilette et pour cet été un maillot parfait. Je donne mon accord pour le traitement, il faudrait être fou de ne pas accepter de vivre encore un peu ou beaucoup. André doit être sous le choc, il n’a pas prononcé un mot, posé une seule question, ni même eu un geste ou un regard vers moi. Voilà, l’entretien est terminé, je dois être contactée la semaine suivante pour le premier rendez-vous de chimio. Je sors avec mon nouveau cordon ombilical, MON classeur blanc remis par le médecin, il sera l’histoire de mon cancer. Il va contenir tout ce qui le concerne : protocole de soins, ordonnances, analyses, docs sur les associations d’aide … Il va m’accompagner tout le long de ce chemin et sera comme mon sésame. Puisse-t-il me donner la vie, juste un petit peu dit ! Je sais maintenant contre qui je dois me battre et j’y suis prête. Je pense à mon amie partie si tôt, victime de cette maladie : » Je te dédie mon combat Clairette ! «
Je vais avoir besoin du soutien de ma famille et de mes amis, ce n’est pas un combat que l’on mène seule dans son coin. Je décide de lancer ma bouteille à la mer : prévenir les personnes qui ont croisé ma route à un moment ou à un autre de ma vie et avec qui j’ai développé des liens d’amitié vraie. Dans les moments de découragement, de fatigue, d’idées noires il faut pouvoir compter sur une personne qui va vous remonter le moral vite fait, vous raconter une bonne blague et vous faire rire … Le résultat dépasse ce que j’avais imaginé, tous présents ! Merci pour vos messages, coups de fil, un vrai baume au cœur. J’ai sur ma table de chevet « Petit traité de l’abandon » d’Alexandre Jollien qui parle à merveille de l’ami dans le bien et des rencontres, vous en faites tous partie. Ce livre est un petit bijou de philosophie moderne à la portée de tous.
La nuit suivante je dors comme une vraie marmotte.
le 13 juin
Ma fille Viviane vient d’arriver à Baden pour la semaine, repos bien mérité après son job à Roland Garros. Au programme, choix de ma future perruque chez un coiffeur de Vannes disposant d’un petit rayon spécialisé. Je dois le faire tant que je suis en forme, je ne sais pas comment je vais supporter cette chimio, peut-être serais-je trop fatiguée ou malade. Cet essayage ressemble vite à une séance shopping mère/fille habituelle. No stress. Dans ce salon de coiffure « normal », juste une petite pièce réservée pour essayer les multiples modèles et découvrir des produits de beauté et de maquillage spéciaux chimios. L’accueil y est chaleureux mais très professionnel, l’attitude n’y sera jamais intrusive. Nous discutons de coupe, couleur, rasage de crâne et soins post-chimios. Tout un univers parallèle pour les femmes et les hommes qui à un moment de leur vie vont être différents. Nous avons sélectionné trois modèles puis choisi les couleurs, ils seront livrés la semaine prochaine. Nous programmons immédiatement un second rendez-vous pour le choix définitif.
le 14 juin 8h
Hôpital de jour du service hématologique pour ma première chimio. L’accueil restera longtemps dans mon souvenir, digne d’une rentrée des classes en maternelle ! Des sourires, des blagues, une chaleur humaine incontestable. Pour le bilan : prise de sang rapidement expédiée et mon précieux bocal d’urines des 24h remis à l’arrivée. Petit déjeuner. Les infirmières nous reçoivent, Viviane et moi, pour poser des questions sur la disposition des pièces dans la maison, la présence de famille à proximité ou d’amis sur lesquels on peut compter, la possession d’un animal de compagnie, la possibilité d’intervention d’une aide-ménagère, etc. … Je découvre à ce moment-là que cette maladie doit représenter des problèmes d’organisations basiques et financiers pour beaucoup de personnes qui n’ont pas de couverture sociale suffisante, avec peu de revenus ou isolées ou le tout à la fois. Je reçois ensuite toute une liste de conseils à suivre pendant le traitement concernant l’alimentation, les produits de beauté, les produits d’entretien… les effets secondaires du traitement.
Une esthéticienne passe dans la chambre et me propose une manucure. Pourquoi pas ? Le besoin de se faire cocooner doit être plus important quand la maladie est là avec son cortège de fatigue, traitements, effets secondaires indésirables. Le médecin passe une tête et nous octroie, après courte réflexion, 10mn avant de me recevoir. Il aurait pu exiger de me voir tout de suite mais, dans la balance, le côté humain l’a emporté. La notion respect du malade qui m’a marquée depuis que je fréquente l’hôpital m’apparaît dans toute sa dimension.
Nous reparlons du traitement, des réactions éventuelles, de la suite à Nantes. Je demande à quel stade de la maladie de Kahler j’en suis, il existe trois niveaux. J’ai un marqueur à stade 1, l’autre au stade 2 et mes os ne sont pas encore touchés. Pour cette forme de cancer pas de guérison, des rémissions plus ou moins longues. Au moins, pas de langue de bois et c’est ce qui me convient. Je ne vais lui désobéir que sur un point : la piscine ! Non, il ne peut pas m’interdire de m’y baigner, ce serait trop dur. Je ferai attention de ne pas mettre ma tête dans l’eau mais pour le reste je continuerai à m’y relaxer et à y faire de la gymnastique. Promis, je n’irai pas dans la mer : un peu fraîche à mon goût de toute façon ! Viviane écoute attentivement, dans un mois elle sera au Mexique et ne pourra suivre les évènements qu’en différé. Mes remarques sur l’accueil exceptionnel de son personnel font sortir brièvement de ses gonds le médecin : « Ecrivez cela à la Direction puisqu’ils veulent faire un sondage auprès des malades qui sont passés à l’hôpital de jour, au prix où ça coûte ! ». Il est sûr que ce service ne doit pas avoir un super budget de fonctionnement, les revues de la salle d’attente ne sont pas remplies de nouvelles fraîches mais les chambres sont toutes équipées de télévision et sont très propres. La somme prévue pour ce sondage serait certainement mieux utilisée si redistribuée en hématologie. Pourquoi ne pas mettre une urne et faire remplir un questionnaire aux patients ? Un petit courrier va s’imposer à la Direction de l’hôpital, cela ne servira à rien mais qui sait ?
L’après-midi, un petit tour à la pharmacie de l’hôpital et une crise de fou rire avec mon aide-soignante : trois personnes différentes pour s’occuper de mon ordonnance avec une seule prescription . La rentabilité ne doit pas être passée par là. Je repars avec ma boîte de Thalydomide, devenu tristement célèbre pour toute la génération des jeunes mères des années 60, des milliers de bébés sont nés avec des membres atrophiés. Je ne me doutais pas que ce médicament pouvait également aider à guérir enfin à prolonger. L’infirmière me fait ma piqure de Vercade dans le ventre, me donne mes deux comprimés de Medrol. Ce soir, je prendrai mes deux gélules de Thalidomide. Nous quittons l’hôpital vers 15h. André n’a participé à aucun entretien, il a lu dans la salle d’attente ou à l’extérieur, déni ? Mon moral est bloqué à beau fixe : ma voisine de chambre est en rémission d’une leucémie depuis 25 ans !
D’habitude me faire moi-même des piqures ne me pose pas de problème mais là, je décide que je ne me ferai pas de mal. Pas d’auto-agression, je dois me respecter et me traiter avec bienveillance. Mon corps a besoin de moi physiquement et moralement, je dois changer le regard que j’ai sur lui. Je vais apprendre à devenir égoïste, m’occuper de moi et un peu moins des autres et à m’aimer, mais là y’a du boulot. M’écouter sans me laisser submerger, me cocooner et me faire cocooner. Pas mal comme programme, cela me plaît beaucoup.
Le soir, repas crêperie de Port Blanc : un vrai goût à l’ancienne. Je fais l’impasse sur le cidre, ce sera pour après …
Le 15 juin
Ce matin, après une nuit blanche, je ressemble à une matriochka la petite poupée ronde aux joues écarlates. Un peu de douleurs dans le ventre et la poitrine mais rien d’autre. Nous conduisons Viviane à la gare, elle doit finaliser son déménagement sur Lille avant de partir travailler sur le Tour de France.
L’infirmière qui passe tous les soirs me faire une piqure pour éviter les risques de thrombose souhaite avoir un double de mes documents sur la maladie de Kahler, c’est la première fois qu’elle en entend parler. Une nouvelle rencontre avec qui je vais faire un bout de chemin ou peut-être la fin du chemin. Bien sûr, sa présence est très courte mais qu’importe si ces quelques minutes sont riches d’échanges. Le soir, je m’endors rapidement et fais une nuit complète.
Le 18 juin
Seconde chimio, rendez-vous à 14h. Les heures de soins ne sont connues que la veille au soir, on doit appeler entre 16/17h pour donner les réactions éventuelles au traitement. Selon les cas, le traitement est validé automatiquement ou le médecin doit nous rencontrer pour ajuster les doses ou compléter le traitement par des médicaments qui évitent les effets secondaires. J’arrive à l’heure mais je dois voir un autre médecin que le mien, absent pour la semaine. L’attente dure, un autre patient grogne de plus en plus. J’ai décidé de profiter de chaque moment qui passe alors, même si c’est dans une salle d’attente, je lis, je regarde le ciel, j’écoute le cri des mouettes : je vis. Le médecin me reçoit finalement à 16h, modifie les doses de la piqure et m’annonce que la pharmacie de l’hôpital étant fermée, je devrais revenir le lendemain… Une bonne nuit de sommeil de gagnée !
J’en suis quitte pour annuler mes rendez-vous second essayage de perruque et dentiste prévus pour demain. Pendant quelque temps ma vie ne va plus être un long fleuve tranquille, je vais vite m’y adapter mais devoir cultiver la patience qui n’est pas innée loin de là .
Le soir je fais quelques courses sur Oncovia, site dédié aux malades du cancer, produits de beauté naturels car ma peau va devenir très sèche, mes ongles cassants et je ne parle pas des rides qui risquent de se creuser. Un petit bonnet en bambou pour porter la nuit ou à agrémenter d’un foulard pour les sorties. Une casquette anti-UV car il faut éviter au maximum les rayons du soleil, une insolation sur un crâne chauve est vite arrivée. Je vais ressentir les mêmes sensations qu’André qui rase son crâne depuis quelques années. Voilà une nouvelle chose que nous partagerons « en couple ». Il m’a proposé de me raser le crâne mais je ne veux pas que ce soit lui, non que je n’ai pas confiance mais je préfère le demander à une personne extérieure.
Le 19 juin
Je retourne à l’hôpital pour 10h et en repars à 11 après la piqure. Il va falloir que j’achète des pantalons avec des tailles élastiques ou à lacet car le bouton me blesse et je ne supporte pas la rigidité de la ceinture. Je sens que mon ventre va vite ressembler à un champs de bataille, je vais devoir le couver, le soigner pour ne pas qu’il me pose de problèmes. Une piqure = un disque rouge de 5cm, douloureux plusieurs jours, la Biafine sortant du frigo fait des merveilles mais à la fin des trois cures à quoi va-t-il ressembler ? Nouvelle nuit blanche.
Le 20 juin
Matriochka est de retour pour la journée. En fin de matinée, je souffre de crampes pelviennes fortes et douloureuses qui me plient en deux. Cela va durer jusqu’en début de soirée et cesser peu à peu. Bonne nuit reposante.
Le 21 juin
Rendez-vous à 10h, passage du médecin vers 11h. Apparemment mes réactions au traitement sont rarement répertoriées mais connues. Nous décidons d’actions préventives à la douleur , il n’est pas question de modifier le traitement. Je suis invitée à déjeuner sur place car le Velcade ne sera livré qu’en début d’après-midi par la pharmacie centrale. Je comprends que les jours de chimio, il ne me sera pas possible de prévoir d’autres rendez-vous. Nuit blanche.
Le 22 juin
Nous partons faire les courses assez tôt pour être à la maison vers midi. Les douleurs ont commencé environ 24h après la piqure les deux dernières fois alors la prudence est de mise. J’ai pris des cachets en prévision ce matin, j’en reprends à midi. Je sens une douleur sourde toute l’après-midi mais pas trop gênante. Je reste quand même allongée par prudence. Bonne nouvelle, mon médecin traitant m’appelle : mon diabète a disparu ! Seconde analyse de sang normale sur trois mois après arrêt du traitement. La diabétologue de l’hôpital Pompidou avait raison, elle m’avait annoncé qu’il finirait pas disparaître. Positivons, un risque de moins c’est toujours ça de gagné. Bien sûr j’aurai préféré quelque chose du style : entre le diabète et un cancer, vous prenez quoi ? Mais le choix ne s’est pas présenté dommage. Nuit de plomb et neuf heures de sommeil.
Le 23 juin
Pas terrible ce matin, je suis dans le coton. Je me sens « bizarre », mieux assise que debout. Ce dimanche va être sous le signe du repos et du calme. Demain va commencer une nouvelle semaine au planning incontournable : lundi matin une prise de sang comme le jeudi, tous les jours de la semaine un piqure, mardi et vendredi la chimio. André et moi devons être sacrément à côté de nos pompes car nous ne nous souvenons que le soir que nous sommes le 23 juin date de 6ème anniversaire de mariage. Nous qui le fêtons tous les mois, un comble !
Le 24 juin
Je me réveille avec une douleur abdominale sourde qui va durer la journée et m’obliger à rester en mode économie. J’appelle l’hôpital pour connaitre l’heure de la convocation pour demain : 14h et je dois rencontrer la psychologue que j’ai réclamé. Nuit chaotique avec antidouleurs à 4h du matin.
Le 25 juin
Pourquoi soudain le temps s’accélère-t-il ? Pourquoi des jours si longs quand on attend une réponse, si courts quand on sait. Je veux profiter du bonheur de chaque instant, m’émerveiller de petits plaisirs simples, croquer la vie. L’entretien avec la psycho est surtout axé sur la difficulté de dialogue avec son conjoint, ses proches. Comment faire comprendre que même si la maladie est présente, on ne se sent pas malade. Le plus beau cadeau : respecter notre besoin d’autonomie, de liberté, surtout ne rien changer à leur attitude « d’avant ». Le dialogue doit prendre plus de place car les non-dits sont plus lourds et jugés avec moins d’objectivité. Je sais, pour le vivre, qu’il ne faut pas voir honte de craquer de temps en temps, les moments de tendresse qui consolent sont tellement importants, ils font fuir les idées noires. Nous parlons également de mon travail de deuil suite au décès de Gaëlle, il n’est pas fait et je pense qu’il ne le sera qu’à la dispersion de ses cendres mais mon ex-mari préfère garder l’urne chez lui. C’est un non respect de ce qu’elle souhaitait. Je vis « avec » dans un modus vivendi qui me convient parfaitement enfin j’essaie de m’en convaincre. Je lui fais part de ma déception de ne pouvoir mettre un début précis à cette maladie découverte par hasard et bien sûr de ne pas connaître mon espérance de vie. La psycho, me demande de poser franchement la question au médecin : combien de temps puis-je espérer au pire ? Au mieux ? Je vais le faire au démarrage de la seconde cure puisque je dois le rencontrer à nouveau. Va-t-il répondre cette fois ? André va voir une autre psycho, début juillet, et nous consulterons en couple ensuite. De mon côté je continuerai mes séances. Il ne faut pas que ce cancer puisse créer des tensions entre nous, au contraire, nous devons encore être plus proches mais respecter nos individualités. André, ne s’imaginait pas en ce 23 juin 2007 qu’il faisait le plus mauvais deal de sa vie en m’épousant : depuis six ans, je lui fais le coup de l’hosto régulièrement et maintenant je lui sors le grand jeu.
Le 26 juin
Malade comme un chien à partir de minuit. Pendant deux heures je vomis puis je me vide … Vomito le retour ! Trois heures de sommeil plus tard le mal de ventre est là et le Doliprane aussi. Matinée soldes et perruque. Pour la perruque, il restait six sélectionnées pour la finale du jour, le choix s’est vite porté sur the winner. Normal, c’est la plus proche de mes coupes et couleurs actuelles. J »en profite pour prendre deux petits bonnets pour la nuit car il paraît qu’on a vite froid là-haut. Je complète avec une casquette pour protéger mon visage des rayons du soleil encore plus nocifs avec la chimio. L’après-midi cardiologue, modification de mon traitement à faire valider par mon hématologue. OK donné à 19h mais trop tard pour la piqure de ce soir.
Le 27 juin
C’est vraiment pas le bon trip cette fois, entre douleurs et légers saignements, dégoût et coton. Ce matin le généraliste pour compléter le stock de médicaments antidouleur qui descend rapidement, pharmacie et supermarché. Les courses sont vite faites car je n’ai envie de rien et je n’ai aucun appétit. Cet après-midi André va participer, dans les locaux d’Oncovannes, à un groupe de paroles réservé aux proches de patient atteint d’un cancer ou décédé. A midi, j’ai pris mon nouveau traitement pour le cœur : une heure après j’ai des palpitations, je ne me sens pas bien du tout. Je m’allonge mais cela ne passe pas et ne passera pas. Coup de fil à l’hôpital pour signaler les saignements et au cardiologue car je suis en vrac. Je dois aller aux urgences cardio de Vannes ce soir car il sera de garde, la journée devait se terminer par une relaxation chez la kiné, raté ! En plus, des amis de Lyon étaient de passage en Bretagne et sont passés nous voir. Visite limitée à une heure car nous avons dû partir à l’hôpital, dommage !